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#Témoignage : Peut-on faire de la politique et résister à la puissance de son ego?
Le mouvement

#Témoignage : Peut-on faire de la politique et résister à la puissance de son ego?

Vianney Louvet, bénévole et co-fondateur du mouvement citoyen Tous Elus, nous livre un récit cinglant, issu de réflexions très personnelles : peut-on vouloir faire de la “politique” sans se “la péter” ? 

Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé. Vous venez de réaliser une performance artistique, sportive, incongrue, professionnelle…et vous devenez ne serait-ce qu’un instant la star du moment. A ce moment-là, c’est votre ego qui se nourrit des paroles admiratives que vous recevez, pas votre personne. Il vous faut ensuite quelques minutes, heures, jours pour retrouver votre quotidien et descendre de votre piédestal provisoire. Rien de tout cela me parait  malsain, je crois même que c’est nécessaire à notre développement personnel. 

Mais imaginez que ces moments où vous êtes sur le devant de la scène deviennent votre quotidien. Imaginez-vous “star” de chaque instant. A la moindre de vos paroles on tend l’oreille. Lorsque vous traversez la rue, les regards des voitures vous suivent avec attention. Lorsque vous levez les yeux pendant une réunion on tremble. Lorsque vous rigolez, on rigole avec vous pour vous faire plaisir. C’est le cas, entre autres, de nos responsables politiques aujourd’hui. 

Imbus d’eux-mêmes, carriéristes, antipathiques, les qualificatifs pour les décrire sont souvent durs mais révèlent un aspect qui reste pour moi très mystérieux aujourd’hui. 

Peut-on devenir président, ministre, député et continuer de servir la cause originelle de son combat politique sans se servir soi-même? Peut-on passer outre le regard de l’autre et continuer d’être ouvert sur le monde, l’autre et l’extérieur? Peut-on être adulé ou détesté par tout un chacun et rester intègre? 

 

Au lieu de grandes réflexions existentielles et philosophiques, je vous propose une histoire. Celle de Mehdi. 

 

Et c’est pour cela que nous sommes ce soir rassemblés ici, c’est pour cela que vous êtes plus de 30.000 à être venus crier ce fol espoir qui nous habite!! Mes chers compatriotes, la campagne a été âpre, longue, pleine de rebondissements. Et je veux terminer en vous le disant haut et fort: sans vous rien de tout cela n’aurait été possible, sans vous, moi et mon équipe aurions abandonné il y a déjà longtemps. Merci, merci pour la France, merci d’écrire avec moi les premiers mots d’un nouveau roman incroyablement optimiste et nouveau. L’histoire ne fait que commencer et vous le verrez, la suite sera belle…MERCI!

Je finis mon discours mon poing gauche levé, l’autre sur le cœur. Devant moi, un Palais des Sports comble. Une ambiance hors du commun. Des clameurs et applaudissements assourdissants. Je jette un dernier regard à la foule, ébloui par les projecteurs. Mon nom est scandé, accolé à celui de “président”. J’ai tout d’un coup la sensation de flotter en dehors de mon propre corps et d’être spectateur d’une scène irréelle. 

Ce sont mes gardes du corps qui me sortent de cette demi-seconde de torpeur pour m’accompagner en coulisses. Sur mon passage, on essaie de me toucher, certains pleurent quasiment, des regards remplis d’admiration se fixent sur moi. Je sers quelques mains puis à bout d’énergie m’engouffre dans l’ombre, loin des caméras et des cris. J’ai l’impression d’être un sportif qui vient de réaliser l’exploit du siècle.

En coulisse, mon équipe se jette sur moi. J’entends à moitié leurs paroles “Putain, ça a été brillant, bril-lant” 

Je bafouille un: “Ah oui vous trouvez que…”

“Non mais c’est pas “je trouve”, ce sont les gens qui le disent, m’explique Laurent, responsable relation presse, plus excité que jamais: “Ecoutez ça: Twitter, Europe 1 à l’instant: “La vague rose prend de l’ampleur, on ne voit plus bien qui pourrait l’arrêter” attends encore mieux, Huffington Post aussi à l’instant: “Un meeting maîtrisé de bout en bout qui pourrait faire basculer l’Histoire” avec un grand H!!!

J’écoute et articule doucement: “Ah ouais, c’est…” puis mon bras droit communication enchaîne de plus belle: 

“Le moment de la conclusion, je savais pas si ça allait prendre moi… Mais là j’ai eu des frissons sur le “les premiers mots d’un nouveau roman incroyablement optimiste et nouveau”. Tu sais que dans la foule, pas une personne ne regardait autre chose que toi. Ils étaient tous mais TOUS complètement hypnotisés. Et toi tu étais magique, genre presque inhumain. Je sais pas m….”

Je me tourne à ce moment vers le miroir en m’observant. A ces mots, quelque chose en moi se brise. Tout va pour le mieux, je viens visiblement de réaliser une prouesse et de conclure avec brio une campagne parfaite de bout en bout. 

Je vais gagner. Devenir président de la république française. Moi, Mehdi Kersa, 25 ans, le plus jeune candidat de l’histoire, encore inconnu il y a quelques mois. 

A cet instant précis, je comprends. Dans le miroir, il y a quelqu’un de nouveau. 

 

3 années plus tôt.

 

Jusqu’à mes 22 ans, je vivais dans un quartier dit populaire dans le Val de Marne. Entraîneur pour le Football Club de Villejuif en journée, je retrouvais ma mère, mon frère et ma sœur en soirée. Nous vivions dans un appartement petit mais cosy de la rue Léon Moussinac. Le mardi soir on mangeait des sushis. Le Vendredi soir on allait au cinéma. Je sortais avec Mariam, j’étais hyper amoureux. Et puis un jour, je m’en rappelle comme si c’était hier, le 3 Mai 2018, tout a basculé. J’étais sur le banc de touche en train d’engueuler Sadok qui gardait trop la balle comme d’habitude. Et puis une nuée de journalistes, de caméras, de perches micro a envahi le banc de touche. Au milieu d’eux le président de l’époque, un vrai salaud. Je le détestais. Je détestais ses discours absurdes sur la banlieue, j’étais en colère contre toutes ses mesures anti-sociales qui nous faisaient galérer chaque jour un peu plus. Les aides sautaient les unes après les autres et ma mère faisaient des journées de 12 heures pour qu’on arrive à la fin du mois. Les gars s’étaient arrêté de jouer. 

Et là ce type s’est approché de moi. Je les ai vu arriver, j’ai pas bougé. 

Tout le staff sur le banc a commencé à se marrer, à prendre des selfies,… Moi je bougeais toujours pas en le fixant. Il s’est approché jusqu’à 1 mètre de moi. On était comme dans une arène entourés par ces cons de journalistes avides de scandales. Ils allaient être servis.

On s’est toisés et il m’a serré la main en débitant des mots qui ne voulaient rien dire. Monsieur faisait sa promenade chez les pouilleux. Et là, j’ai craqué: je lui ai coupé la parole et j’ai parlé sans lui laisser en placer une. Je crois que ça a duré plus de 10 minutes comme ça. Pour moi c’était une sorte de catharsis, tout sortait d’un coup. Je suivais beaucoup la politique déjà à l’époque. Tous ces mots et idées que balançaient les énarques sur nous à longueur de journée, j’ai tout passé au peigne fin, puis tout défoncé. J’ai rien laissé passer. Après ça il y a eu un silence et vous savez quoi? Il a ouvert la bouche. Il l’a refermé comme un gosse qu’on vient de punir. Et il est reparti. Tout a été filmé, entendu, scruté. 

On a fini le match, moi j’étais plein de rage mais en même temps comme soulagé après un gros marathon. Le match s’est terminé, on a pris une valise et Karl s’est fait expulser. Je lui avait dit qu’il était interdit de mordre. J’ai fait un point rapide dans le vestiaire, rendez-vous le lendemain comme d’hab pour le match du Dimanche matin. Et je suis rentré chez moi.

Là, il y a avait une agitation inhabituelle. Ma tante, aussi notre voisine était là, Radji et Momo aussi. Je suis entré, il y a eu un silence puis un ils se sont tous jetés sur moi en me parlant à quinze en même temps. 

Après une heure, la vidéo avait fait le tour de toute la France. Journal de 20h, 3 millions de vues sur facebook en une heure, du jamais vu. J’ai allumé mon téléphone, il a planté. Trop d’appels, trop de messages. 

Le lendemain j’étais au JT de TF1. Tous les partis politiques voulaient que je les rejoigne. J’en ai parlé à tous mes potes qui voulaient que je me lance là-dedans. Ils étaient bouillants. Je ne les avais jamais vus comme ça. Et moi j’en avais toujours rêvé en fait. J’ai toujours été un peu le leader de la bande, le médiateur aussi. Celui qui désamorçaient les choses quand ça partait en couille. Mais là l’ampleur que ça prenait me donnait le vertige. J’étais devenu un symbole multiple: symbole de la banlieue, symbole du ras-le-bol général, symbole de la vérité toute nue, symbole des pauvres et même des footeux…

Et j’ai décidé de lancer un mouvement avec mes potos. En quelques moi, on est monté à 100.000 adhérents, la présidentielle était encore loin mais déjà on parlait de moi comme un futur candidat surprise. Ma vie a basculé. On a trouvé des financements facilement, des mecs sont venu s’occuper de la communication, de la presse. La machine était lancée. Je continuais de vivre dans le 9-4 mais j’y étais de moins en moins. Trop de conférences, trop de réunions. Trop de journalistes. J’ai arrêté de sortir avec Mariam. 

3 ans plus tard je suis là, face à mon miroir, comme un con, avec ma cravate, favori des sondages, et je m’apprête à devenir…Président. Putain. Président. J’ai grossi. Ou maigri je sais plus trop. 

Et là je viens de le rencontrer. Pour la toute première fois. Mon ego. Pour la toute première fois, je ne vois plus les visages de mes potos, de ma famille qui m’ont toujours porté. Je me vois moi. Uniquement moi, et ce que j’ai réussi à bâtir. Je suis en train d’oublier Sadok et son jeu perso, Mariam, le terrain de foot en synthétique, le métro à Villejuif Louis Aragon, Momo et tout. Je viens de faire une rencontre qui m’effraie plus que tout. 

 

A l’image de ce récit, je me pose la question plus que jamais.

 

Peut-on, moi, vous, parfaits inconnus, intégrer ce monde violemment sur-médiatisé, surexposé, et rester malgré tout, ce Mehdi, passionné de foot et voulant se battre pour son quartier villejuifois? 

Notre système politique peut-il reposer entièrement sur les épaules d’une poignée de personnes? Nos responsables peuvent-ils prendre des décisions sensées quand leurs moindres paroles sont scrutées, interprétées? Nos politiciens sont shootés aux caméras, aux scènes, aux regards hypocrites. Pourquoi ne pas revenir à un échelon beaucoup  plus local, pourquoi ne pas interdire le renouvellement de tout mandat, pourquoi ne pas dé-personnifier ce monde et repenser les choses pour servir la société plutôt que de faire en sorte que la société nous serve? 

Tous Elus propose dans le deuxième bloc de son programme de formation, un parcours de développement personnel. Et c’est essentiel pour apprendre à se connaitre, pour se convaincre de sa valeur et de ses  talents sans avoir besoin d’une interview de BFM pour le vérifier.

 

Rejoignez le mouvement en tant que soutien, bénévole ou bénéficiaires des formations dès janvier 2019 !

 

Vianney pour Tous Elus

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